Pense-Bêtes, le rappel du vivant

Lecteurs-performeurs . Hélène Lanscotte . Christophe Bonzom
Regards . Maxence Rey . Thomas Laroppe
Textes . , , , , , , , , , ,
1 heure

À l’animal, vous y pensez ? Un peu, beaucoup, passionnément… pas du tout ? En le mangeant ? En le voyant ? Vous surprend-il ? La dernière fois que vous l’avez admiré vivant, qu’il vous a surpris, c’était quand ?

Aujourd’hui plus guère d’animaux totémiques, mythiques, fantasmagoriques. Seulement faux lion peau de chagrin, girafe latex, peluche à poils, croco bouche cousue ou images, écrans des extinctions.

Ici, des humains sans animaux. Là, des animaux sans humains. La vie devient mal faite. Pourtant la vie, c’est eux ET nous.

Alors plus que jamais, il est temps de les évoquer à la mesure de leur présence, de les approcher à pas sensibles, ces bêtes, de les célébrer afin de réanimer notre attention à l’autre vivant.

Pour ce faire un duo de deux orateurs, tantôt conférenciers, tantôt performeurs, lecteurs, joueurs, ont choisi d’articuler les propos contrastés de philosophes, scientifiques, poètes, essayistes et romanciers.

Face à face, côte côte, aux aguets du raisonnement de l’un et de l’autre, c’est à une joute critique et jubilatoire à laquelle ils nous convient, une célébration poétique du vivant.

© : DP [traitement style Quenefer]

Si tu manges le léopard tu deviendras le léopard que tu es, si tu manges la gazelle tu deviendras le lion que tu es, si tu manges le léopard tu deviendras le tigre que tu es.

C. Tarkos in Pan édition P.O.L.

……………………………………………………………………………………………………

PENSE-BÊTES, le rappel du vivant se donne à voir comme une lecture conférence performée. Son propos est d’interroger le lien qu’entretient l’Homme contemporain avec le monde animal. Ce duo de conférenciers interroge, dans sa confrontation tragi-comique, autant la présence mythique et universelle des animaux dans l’art, le rêve et la culture populaire, que leur extinction de masse en cours. Il met en exergue la nécessaire coexistence de nos présences communes dans un monde commun et affirme le sensible comme territoire partagé.

Nos matériaux sont des textes littéraires, poétiques, philosophiques, scientifiques, journalistiques mais également des histoires intimes.

La scénographie de P​ENSE-BÊTES,​ l​e rappel du vivant s​e veut très simple, minimale. Nous détournons en support de jeu le paperboard, outil de référence du conférencier mais aussi symbole du monde de l’entreprise et du marketing.
Durant les 60 minutes de la représentation, deux paperboards deviennent tantôt planche à dessin, registre des extinctions, pente neigeuse, castelet, cible de tir, piste de sable ou encore mantra ornithologique imaginaire et bien sûr pense-bête géant.

Avec cette création, nous voulons amener le public à une prise de conscience, affirmer une responsabilité et un engagement face au fragile équilibre environnemental.

…………………………………………………………………………………………………….

PENSE-BÊTES, LE RAPPEL DU VIVANT . CRITIQUE (extrait) de Natacha GUILLER . Artiste plasticienne écrivain poète performeuse

Deux éminents colibris élancés orateurs se sont donné le mot pour chorégraphier la langue « et pour cause » fabriquer une conférence-toison qui ne sied qu’à leur complicité redoutable.

Hélène Lanscotte et Christophe Bonzom prêtent leur ingéniosité de ton, la gravité de leur présence, l’élégance dans l’éloquence poète à la plaidoirie animale.

Le duo délie les mots, leur richesse étymologique à une allure imprédictible à l’ouïe, annonçant toutefois le futur sans équivoque, la disparition des bêtes, vivant au trépas.

Alternent en cadence teintes et manœuvres pour étaler la couleur, maintenant ferme, en porte-parole de ces colocataires rescapés de l’Arche au silence contrit, leur sensibilité tue.

Cafardent d’un commun regard perdu sinon mercenaire, ciblant ses congénères spectateurs attentifs aux énumérations sifflotées, accentuées par une petite caissette musicale portative qui se déplace sur scène, on/off.

La fureur supplée l’effarement quand l’une ou l’autre s’emporte, de rares moments où l’humour et l’insolence, cette énergie incroyable nous saute à la gueule, celle-là que d’autres êtres tout aussi raréfiés – presque légendaires – , ne peuvent toujours pas débrider pour asséner : « Au loup ! ».